Un portrait par Anne Deschamps

Sur cette page, régulièrement, un portrait d'une personne qui me touche par sa force de vie.

Portrait de mon amie Vitalie Taittinger, la sensibilité créative d’une femme enthousiaste pour le meilleur de la Direction-Marketing d’une maison de champagne dont elle porte fièrement le nom.

Café du Palais : une institution à Reims avec cette atmosphère de brasserie d’artistes comme au bon temps du quartier Montparnasse à Paris que peintres, musiciens, écrivains et philosophes investissaient de jour comme de nuit. Le café du Palais est un établissement à taille humaine, fidèle à la même famille qui garantit l’authenticité du lieu par un attachement sincère à l’art en général. Atmosphère art-déco éclairée par la remarquable verrière de 1928 du maitre-verrier Jacques Simon. Depuis les banquettes confortables, vous pouvez contempler les murs couverts d’innombrables tableaux et affiches qui signent la mémoire culturelle du restaurant.
C’est un dessin dédicacé de Chagall qui focalise en général toutes les attentions.
Ici, l’esprit n’est pas que mercantile parce que les propriétaires reconnaissent, depuis plus de 80 ans, la richesse des talents artistiques et aiment la partager avec leur clientèle. Autre qualité appréciable : les générations, qui s’y succèdent depuis les années trente, gardent ce sens du service au client bien appréciable dans l’univers incertain de la restauration actuelle.
Pour notre entretien, Vitalie Taittinger m’a donné rendez-vous dans cet endroit conforme à sa sensibilité pour tout ce qui touche à l’expression de l’art dans la vie.
La relation à la musique, la littérature, la peinture et l’histoire est une constante dans la famille Taittinger.
Ce n’est pas une posture bourgeoise acquise pour la galerie mais la conviction profonde
que l’art est un lien exceptionnel entre les Hommes malgré toutes leurs différences.
« Mes parents ont toujours reçu des artistes à la maison pour un soir ou plusieurs jours ; en fait, c’était table ouverte chez nous et enfant, j’ai naturellement côtoyé des gens passionnés et créatifs. Ma mère adorait particulièrement la musique et a su nous la faire aimer ! A la maison, nous étions étrangers aux mondanités ennuyeuses où l’on se reçoit par convenance. Les discussions à table tournaient autour de toutes les expressions artistiques possibles, ce qui nous épargnait les commérages et médisances d’usage des dîners en ville.
Chez nous, la culture ne s’est jamais limitée à un savoir d’érudition qui donne une contenance à celui qui l’étale. C’est plutôt une démarche spontanée qui fait vibrer grâce aux émotions exceptionnelles déclenchées par le talent d’un poète, d’un peintre ou d’un musicien.
Nous avons toujours baigné dans cet univers tout à fait simplement, un univers qui m’a appris à croiser des gens différents. Cette expérience précoce de la richesse des rencontres a été pour moi un bel enseignement.
Cette transmission de l’ouverture aux autres, étayée par une sensibilité à l’art et à la littérature, est un cadeau inestimable de l’éducation que j’ai reçue. Les rencontres sont mon stimulant et à chaque étape marquante de mon existence, il y a eu évidemment quelqu’un pour m’éveiller ou me libérer de l’étroitesse du quotidien. Le milieu artistique favorise les fréquentations dynamiques et souvent enflammées avec lesquelles on se sent vivants et heureux de vivre…».

Vitalie prendra le temps de m’expliquer l’importance de la joie de vivre : pour avoir
souffert d’une lourde maladie chronique dans son enfance avec le cortège éprouvant des examens et traitements pénibles, la vie a pour elle ce sens sacré que lui reconnaissent tous ceux qui auraient pu la perdre.
L’enfant qui a souffert et vécu cet effroi lié aux choses non-maîtrisables (comme le passage impressionnant dans un scanner quand on est petit ! précise Vitalie) acquiert une volonté de se préserver qui jamais plus ne le quittera.
De ressentir très jeune la fragilité humaine fait adhérer celui qui l’a éprouvée à une conscience plus juste de la chance d’être vivant. Et la joie commence là ! Ensuite à chacun d’emprunter un chemin qui compromette le moins possible son désir d’être heureux.
Vitalie a compris très jeune que la peinture participerait à son cheminement personnel et à son épanouissement identitaire. Pour ces raisons, elle a choisi d’entrer après son baccalauréat dans une école d’arts à Lyon.
«Je n’ ai pas choisi les Beaux Arts parce que je refusais la conceptualisation de la peinture. Je
n’avais pas envie de théorie. Je voulais dès le départ avoir les mains dans le cambouis. Le mot n’est certes pas adapté à la peinture mais il exprime bien mon sentiment : je voulais être confrontée tout de suite aux exigences de la toile. La maladie que j’ai dû affronter m’a donné
cette énergie qui conduit à l’essentiel ! Quand on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, il faut que les choses aillent dans le sens qui vous convient le mieux. On n’a ni le temps
ni l’envie de tricher avec sa vie ! L’école de Lyon correspondait à ce que j’attendais d’un rapport direct et privilégié avec la peinture; j’ai connu là-bas quatre ans de bonheur».
Pour rejoindre son mari dessinateur, Vitalie partira vivre à Paris et partagera une belle aventure artistique avec un peintre de l’âge de son père.   
Cet infirmier psychiatrique, qui ne s’est jamais pris pour son mentor dit-elle, ne cherchait  aucune reconnaissance et sa création le dépassait un peu.
«Avec Gilles Bernard, on travaillait pour le bonheur de créer et nous étions heureux  du travail accompli chaque jour. Nous n’avions aucune prétention, encore moins ce narcissisme de l’artiste maudit. On ne se faisait aucun cinéma. Notre consécration, nous la trouvions dans ce que nous réalisions ensemble. Notre complicité a débouché sur un livre, paru aux éditions du Cherche Midi en 2003, consacré au peintre Alfred Courmes. J’ai adoré ce travail de recherche qui m’a occupée après mon école d’Arts et je m’y suis donnée
à fond. Je n’ai pas pour habitude de faire les choses à moitié. Je suis entière et facilement passionnée. Mais je garde un sens des réalités qui m’a toujours empêchée de me laisser emporter par la folie de l’artiste. J’admire ceux
qui se laissent aller à leur création. Un véritable artiste, c’est quelqu’un qui ne calcule pas et qui ne fait pas dans le compromis. Moi, c’est sans doute l’impact de la maladie dans mon enfance qui m’a donné une retenue ! Je ne me permets pas tout et surtout pas le risque de la folie
lié à la création. L’inspiration peut faire tout flamber au point que le feu ne soit plus maîtrisable. J’ai assez vécu la difficulté de la maladie qu’on ne maîtrise pas pour ne pas avoir envie de choses qui m’échappent ou me déstabilisent. être artiste, c’est oser se laisser aller aux excès de sa volonté créatrice sans se poser de questions sur l’avenir ni sur une éventuelle reconnaissance. Il faut de la santé comme on dit ! Tout le monde ne peut pas se le permettre. J’ai choisi de modérer mes élans et pour ne pas renoncer à l’esprit artistique que j’ai au fond de moi, je me suis orientée vers un métier qui ne lui est pas étranger : la direction artistique ».
Sachez Lecteurs que ce livre sur Alfred Courmes signé par Vitalie Andriveau (son nom d’épouse) et Gilles Bernard est vraiment intéressant. Préfacé par Michel Onfray, il est riche d’une belle iconographie qui rend hommage aux quelques 200 tableaux du peintre éparpillés dans les plus grands musées du monde. L’attrait de cet ouvrage est de révéler les conversations et les entretiens de ce peintre singulier qui a vécu entre les années 1898 et 1993. Alfred Courmes était un artiste hors normes qui peignait des sujets sérieux, comme ceux de la religion, en les détournant de leur contexte par le biais provocateur de l’image publicitaire. Illustration est faite par cette toile de l’Annonciation dans laquelle La Vierge Marie, en tenue avenante et jambes offertes, est allongée devant le bibendum Michelin qui avance vers elle avec le pneu mythique. On le disait proche des Surréalistes mais Alfred Courmes est quelqu’un d’atypique qu’on ne peut réduire à rien ni à personne. Il ne se limite pas non plus à son jeu de provocations bien que la dérision ait été son fond créatif. Ce livre nous fait rencontrer la personne derrière le personnage et cette personne là avait une philosophie de la vie qui vaut la lecture ! Après cette expérience marquante, Vitalie, qui a tout juste 23 ans, fait son premier enfant.
«C’est jeune, je sais ! Surtout quand vous menez une vie d’artiste mais la maladie me
laissait peu de chances d’être mère alors ce cadeau de tomber enceinte ne se refusait pas.
J’ai eu ma fille Pia avec qui j’ai cocooné pendant un an comme pour mieux profiter de la chance d’avoir pu la mettre au monde.
Je m’étais mariée jeune aussi, avec mon habitude de profiter de tout quand il est temps. Je suis une fille du présent et je ne me joue pas une comédie de la vie. Je vis ! Avec tout ce que cela comporte d’engagements et de risques… J’ai
cette audace parce que j’ai appris, par la force des choses, que rien n’est éternel et qu’il ne
faut pas différer ce qui contribue à nous rendre heureux. Après cette fusion excessive que j’ai assumée avec ma fille, j’ai eu un besoin irrépressible de sortir de mon enfermement
maternel. C’est encore une rencontre qui m’a libérée : une femme, cette fois, avec qui je me suis lancée à fond dans le monde du design. L’enjeu esthétique de cette démarche artistique m’a franchement séduite et j’ai vite trouvé mes marques.
Ce qui me motive à chaque fois, c’est la qualité
des personnes que je rencontre et la force de leur engagement dans ce qu’ils font. La passion est communicative et je m’arrange toujours pour croiser des passionnés. En choisissant le domaine de la création artistique, je savais que je ne serai pas frustrée de ce côté-là ! ».
Arrive l’année 2005 qui bouleverse gravement la structure et l’équilibre de la famille : c’est l’éclatement de l’empire Taittinger qui possédait, entre autres, les hôtels de luxe emblématiques comme Le Crillon et Le Lutétia à Paris. 
L’ensemble des actifs du groupe est alors vendu à un fond de pension américain. Ce qui est intolérable pour le père de Vitalie, Pierre-Emmanuel Taittinger, c’est
que la maison de champagne soit sortie de la famille. Cet homme, sincèrement attaché aux valeurs de résistance et grand admirateur du Général de Gaulle, refuse de se résoudre à cette «annexion». Il décide de tout mettre en œuvre pour racheter la maison de champagne dont il n’envisage pas l’existence en dehors de sa famille. «Mon père a une vraie éthique familiale et il est très attaché au nom que nous devons porter fièrement malgré l’adversité. Il s’est battu férocement pour arriver à ses fins et a finalement réussi à racheter la Maison de Champagne à l’actionnaire américain. Ce fut long et difficile mais j’ai admiré son combat titanesque dont il avait peu de chance de sortir vainqueur. Chaque week-end pendant deux ans, je revenais à Reims pour le soutenir. A cette époque, la plupart des gens le prenaient pour un fou. On le considérait comme un doux rêveur emporté par ses utopies. Ce sont justement ses rêves qui ont fait prendre à mon père des décisions fortes et pas toujours mesurées à la valeur de l’investissement demandé. Il faut rêver les choses pour qu’elles aient une chance de se réaliser un jour. Si on reste fixé à la réalité et à sa peur de l’échec, rien n’arrive vraiment ! Ce qui est essentiel, c’est d’avoir l’énergie du combat. A observer la ténacité de mon père dans ces années agitées, j’ai tiré des leçons
valables pour une vie entière dont la plus signifiante est qu’il ne faut pas se résigner.
Et résister devient alors un devoir qui nous laisse droit dans nos bottes. Mon père, qui avait l’esprit d’un poète plutôt que l’étoffe d’un homme d’affaire, s’en est très bien sorti ! Je pense que son côté poète l’a justement
protégé d’une analyse raisonnée et clairvoyante qui en aurait fait renoncer plus d’un. A un moment donné, il lui a fallu
un peu d’élan fou pour se lancer dans une telle bataille. Et il a eu raison d’y croire ! Il est arrivé à racheter la Maison de Champagne ! Comme quoi les rêves ne sont pas toujours impossibles…
Encore faut-il être encouragé pour ne pas flancher et là, mon père a eu la chance de compter sur le soutien indéfectible de ma mère qui n’a jamais désavoué ses choix. Nous les enfants, faisions ce que nous pouvions à notre modeste niveau pour l’encourager. Aucun de nous n’était indifférent. Après une telle aventure familiale partagée au fil des épreuves, je ne vois pas comment je n’aurais pas eu envie de venir travailler avec mon père.
En 2007, j’ai pu intégrer le groupe pour assumer, en fonction de mes compétences, la direction artistique de la marque Taittinger et assumer son rayonnement à l’International. Cela va par exemple de notre partenariat avec Canal Plus au Festival de Cannes à l’organisation du Prix Culinaire International Taittinger qui existe depuis 1967 et qui a révélé des chefs aussi prestigieux qu’incontournables. L’habillage et l’emballage des bouteilles sont aussi une démarche créative intéressante. J’aime ce que je fais. Mon frère, Clovis, a voulu comme moi intégrer le groupe et il s’occupe de l’export. Mon père nous a transmis son virus et nous aimons nous battre pour cette Maison de Champagne».

A écouter Vitalie, on entend chez elle la vibration discrète d’une émotion retenue. Elle sait l’importance d’aimer la vie et ceux qui vous la rendent agréable. Elle ne s’embarrasse
pas de prétentions surfaites qui gâchent la sincérité des relations. Elle a ce respect de l’Autre qui lui interdit de l’aimer
moins que ce qu’il mérite et une simplicité qui lui donne un contact généreux et curieux. Il se dégage de
Vitalie, qui porte le même prénom que la mère d’Arthur Rimbaud, une poésie naturelle alimentée par sa facilité à dire ce qui l’anime avec
des mots justes et sans emphase. Elle a cette profondeur de ceux à qui on ne la fait pas sur les valeurs de la vie
parce qu’ils ont appris l’essentiel par la force des circonstances.

- Vitalie, comment définis-tu le bonheur ?
Oser aller au bout de soi-même ! Se donner à fond pour ses valeurs ! Le combat de mon père pour racheter le Champagne Taittinger était fondé sur cette force qui, en vous faisant rêver
l’impossible, peut rendre les choses possibles. Beaucoup l’ont pris pour un Don Quichotte aux prises avec ses moulins à vent mais il a osé. S’il avait renoncé, il aurait été malheureux. Pour être heureux, il faut être fidèle
à soi et avoir le courage d’affirmer ses valeurs. Le pire pour un Homme reste sa propre incohérence et sa lâcheté par rapport à lui-même.

- Que détestes-tu absolument ?
Etre enfermée dans la vie par ses verrous intérieurs. Certes, nous sommes obligés de faire des concessions mais il faut veiller à ne pas s’aliéner. Je reste convaincue que notre pire ennemi, c’est nous avec les mauvaises excuses qu’on peut se trouver pour justifier nos erreurs, nos faiblesses et nos manques.

- Un compliment qu’on peut te faire…
Me dire que je suis folle ! C’est une manière de reconnaître que je n’ai pas capitulé et que je me permets de risquer… Quand j’aurais envie d’être sage, c’est que j’aurais pris un coup de
vieux !

- Que t’évoque la souffrance ?
L’impuissance. Une non-maîtrise de quelque chose qui vous dépasse, avec cette urgence de
trouver à quoi se raccrocher tellement c’est difficile. J’ai vécu l’impuissance avec la maladie
qui a envahi mon enfance. A l’âge de l’insouciance, j’ai éprouvé la douleur et la peur. On n’a que le choix de s’adapter et chacun trouve, comme il peut, ses petites conjurations. La souffrance est une école de vie qui oblige à accepter l’inacceptable. Est-ce utile d’ajouter
que ça forge un caractère ?

- Qu’est-ce qui peut t’émouvoir ?
La malice. Elle se voit dans l’étincelle d’un regard. Je capte assez facilement les regards malicieux… Ce sont des regards plein de vie et chargés de promesses.

- Si tu pouvais faire un vœu pour le monde…
Apprendre aux gens à ne pas avoir peur. Quand on construit son existence sur la peur, il y a de fortes chances pour qu’on se rate. Mon éducation est structurée sur ce principe qu’il faut faire face et s’opposer si nécessaire. La peur est toxique parce qu’elle déforme la réalité. Et pour moi qui suis attachée à la liberté, la peur interdit bien trop de choses pour que je m’y soumette sans réagir !

- Un lieu cher ?
Je ne suis pas particulièrement attachée à un lieu. Ce que je peux dire, c’est que j’aime follement la liberté !

- à quoi ne renonces-tu pas ?
Je vais te donner la réponse banale d’une mère : à mes deux enfants, Pia et Gaston. Grand cadeau que la vie m’a fait malgré une santé qui ne m’était pas favorable au départ. La preuve que rien n’est jamais perdu d’avance…
Chez les Taittinger, nous sommes plutôt optimistes.

- Que penses-tu du silence ?
Il m’est indispensable. Je suis une solitaire et c’est le silence que j’aime dans la solitude. Le silence est la promesse du bruit parce que c’est dans le silence que plein de choses se font entendre. Le silence révèle beaucoup du monde et de soi. On se tait, on écoute et alors on entend. Le silence me recentre et m’apaise. J’aime énormément le silence.

- Que dis-tu de la vieillesse ?
Si on a suivi le bon chemin qu’on voulait pour soi, vieillir ne sera pas un problème. On se laissera faire… Si on est mécontent du chemin qu’on a pris, alors on ne s’aimera pas vieux et on voudra lutter contre le temps qui passe. Ce sont les regrets qui rendent amers et font perdre la sérénité. J’essaie de les éviter en me répétant qu’on apprend de tout. La vie est riche d’évènements qui font grandir et vieillir récapitule tous les enseignements qu’on en a tirés. Celui qui a su et sait rester cohérent avec lui-même a moins de chance d’être chagriné par le vieil âge. Et vieillir, c’est vivre encore !

- Et le temps ?
C’est merveilleux le temps ! C’est avec lui que tout se construit, se travaille. Il patine, il bonifie, il efface aussi… Le temps est précieux ! Il donne de l’amplitude à ce qu’on fait. Il répare, il atténue… Le temps n’est pas l’ennemi qu’on croit.

- Que fait résonner en toi le mot honte ?
J’ai rarement honte ! Je me dis qu’il y a plusieurs façons de prendre les situations et quand ça ne marche pas, ce n’est pas si grave ! Il faut essayer de rebondir, plutôt que d’en rougir, si on s’est loupé… Relativiser exorcise le sentiment de honte… La honte ne sert qu’à vous mettre mal à l’aise avec vous-même. Parfois, il vaut mieux s’obliger à s’en fouttre.

- Le choix est-il un mot qui t’inquiète ?
Ce qui inquiète, c’est que le choix est déterminant mais moi j’aime me déterminer. Avoir le choix
est un privilège que tout le monde n’a pas. Pouvoir choisir est rassurant : c’est la certitude d’être libre. Quant à savoir choisir, c’est autre chose…

- Une personne célèbre que tu aurais voulu rencontrer ?
Marilyn Monroe. J’aime ce type de personne avec du relief et de l’instinct. C’était quelqu’un de double qui avait une place sans en avoir une, qui jouait sans jouer, toujours sur le fil de la souffrance avec cette solitude au milieu des autres… Son ambivalence, qui l’a faisait osciller entre rires et larmes, était fascinante. Il m’aurait plu de la connaître. Je suis certaine qu’elle était intéressante et sans conteste émouvante.

- Une phrase fétiche, un proverbe ou un rituel ?
Oui, j’ai un petit doudou mental depuis que je suis enfant : je fais ma prière tous les soirs. C’est mon lâcher-prise quotidien, court mais efficace puisqu’il me libère des tensions de la journée. C’est mon «ouf !» en fait…

- Qu’est-ce qui te séduit dans le Champagne ?
Son association constante aux évènements solennels et exceptionnels en tout genre. Si on fête quelque chose, c’est généralement au champagne. Il est lié à une forme de douce déraison qui se décline sur le mode du «soyons fous un instant». Ses bulles font pétiller le plaisir qu’il donne et c’est un alcool léger qui n’emporte pas le palais. J’aime aussi l’esthétisme qui lui est attaché : l’élégance de la flûte, la présence d’un sceau qui en garantit la fraîcheur, le fait non négligeable qu’on l’ouvre sans tire-bouchon, le cérémonial du bouchon à faire sauter correctement et j’aime aussi le petit détail de la capsule sous le muselet collectionné à juste raison par de nombreux amateurs. Le champagne signe le plaisir à partager et c’est rarement un vin qu’on boit seul ! Le champagne est charmeur et sert la cause des séducteurs ! Louis XV en buvait avec La Pompadour pour fêter leur amour…

- Ville ou campagne ?
Campagne puisque j’aime tellement la nature! On y a moins de limites qu’en ville. C’est l’air, l’espace et la beauté des saisons.

- Ton plus beau souvenir depuis que tu as rejoint la Maison de Champagne ?
Le tournage du clip pour le site internet. Nous avons tourné pendant deux jours dans la demeure des Comtes de Champagne à Reims et j’ai apprécié ce champ de contraintes intéressant qu’implique un tournage. C’est un travail d’équipe que j’ai découvert avec plaisir et intérêt.
Et puis, en figurant le rôle principal, j’ai fait l’expérience de l’abandon de son image : on s’en remet au réalisateur et on fait confiance.

- Si tu devais écrire ton épitaphe…
Ce serait le début d’un poème de Rimbaud Le Dormeur du Val : «c’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent…».

- Y a-t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ?
J’aurais aimé une question sur l’amour… L’amour a une place énorme dans ma vie. Je fais
beaucoup de choses par amour…
Je pense que c’est un moteur puissant qui donne foi en la vie. L’amour de mes parents m’a confortée et réconfortée lorsque la maladie attaquait mon enfance…Cet amour inconditionnel a fait de moi la personne aimante que je suis devenue !
On aime d’autant plus facilement qu’on a été aimée… Le vrai désœuvrement est le manque d’amour. Aimer ou être aimé mais que l’amour soit ! Désespérer de l’amour, c’est désespérer de la vie !
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C’est vrai que la question méritait d’être posée. Mais tout le monde n’a pas envie d’y répondre. Vitalie, elle, ne badine pas avec ses sentiments et encore moins avec ses états d’âme alors l’entretien avec la philosophe, elle en a fait un échange franc et honnête qui la dévoile telle qu’elle est : simple et spontanée. La vie vaut pour ce qu’elle est, tel pourrait être son credo. Tous les autres arrangements avec l’image qu’on donne, l’allure qu’on montre, le style qu’on revendique et la réussite qu’on recherche sont des réflexes narcissiques et superflus juste bons à alourdir l’existence. L’essentiel est ailleurs : dans le fait même d’être vivant et d’éprouver au quotidien la joie de vivre.
Vitalie est, pour moi, l’expression simple et affirmée du plaisir à être au monde. Elle incarne ma phrase fétiche de la Philo-deschamps : «On m’a donné la vie pour en faire quelque chose de bien».
ÉCRIT en 2012.

Aujourd'hui en 2019, Vitalie est mariée à Yann Champion avec qui elle a eu son troisième enfant : Lili. Ce portrait est dédié à toute la famille.